FESTIVAL SÉRIES MANIA : nos six coups de cœur
© Nicolas de Assas
Du 21 au 27 mars, Sorociné était à Lille pour le plus grand festival d’Europe dédié aux séries. Entre personnages féminins hauts en couleur et propos pertinents sur la santé mentale ou les violences conjugales, en voici six qui ont emballé la rédaction.
Querer
Voilà quelques années déjà que les séries espagnoles se distinguent par leur audace, leur qualité et leur capacité à raconter intelligemment les séismes du monde. Querer, repartie avec le grand prix de la compétition internationale, vient le prouver une nouvelle fois. Les scénaristes Eduard Sola et Júlia de Paz Solvas racontent l’histoire de Miren, la cinquantaine, qui décide de demander le divorce et de porter plainte pour viol contre son époux. En quatre épisodes seulement, dont l’un intégralement centré sur le procès, la série raconte avec finesse l’ampleur des violences conjugales qui peuvent être physiques, psychologiques mais aussi économiques, la difficulté pour les victimes à être crues, pour les fils à remettre en question leurs pères – donc leur éducation, donc leurs propres comportements – et pour la justice de trancher des affaires complexes. Magnifiquement interprétée et écrite, Querer est une fiction puissante, ample et nuancée, dont on ne sort pas indemne..MB
Réalisée par Alauda Ruíz de Azúa. Quatre épisodes, en juin sur Arte.
Empathie
Au milieu de la rue, une jeune femme s’avance entourée d’un ballet de danseuses en tutu noir. Des courbettes pour illustrer métaphoriquement la dépression que celle-ci traverse. Empathie pose ainsi son postulat. Il sera ici question de santé mentale. Après deux ans d’arrêt, l’héroïne commence un nouveau job en tant que psychiatre dans une institution de haute sécurité. Ses patients ? Des criminels ou malades dangereux pour les autres comme pour eux-mêmes. C’est en les aidant qu’elle va tenter de se reconstruire. Tragicomédie de et avec Florence Longpré, déjà repérée avec Audrey est revenue à Cannes Séries, Empathie a signé la première incursion du Québec dans la compétition internationale. Une très belle réussite, repartie avec le Prix du public, dont on savoure l’humour ravageur et irrévérencieux (entre plat de poutine au pied du lit et accident de cup menstruelle dès les cinq premières minutes), malgré un sujet délicat. Une œuvre qui prouve encore la vitalité et l’audace de la création féminine actuelle au Canada. AA
Prix du public. Créée par Florence Longpré. Dix épisodes.
Generations
Tout commence comme une série policière des plus classiques, avec la découverte d’un petit corps momifié dans un grenier. Mais très vite, Generations assume de prendre des chemins de traverse, ne serait-ce que parce que la coupable, une octogénaire a priori très sympathique, avoue tout au bout de cinq minutes. Dès lors, cette série danoise se mue en fresque familiale qui accompagne quatre générations de femmes, toutes soumises à des injonctions différentes mais présentes malgré les avancées sociales et politiques. S’il faut un peu de temps pour intégrer l’arbre généalogique des personnages, l’interprétation impeccable et l’aura de mystère qui baigne cette étude de caractères donnent très envie de passer six épisodes en leur compagnie..MB
Créée par Anna Emma Haudal. Six épisodes.
Requiem for Selina
Parmi les propositions de cette année se détache Requiem for Selina. Un teen drama norvégien autour d’une adolescente en quête de reconnaissance, sur le point de devenir la première influenceuse du pays. Obsession narcissique, harcèlement et bistouri (une séquence à la Nip/Tuck a dû faire tourner de l'œil quelques festivaliers), aucune des étapes vers sa gloire virtuelle ne nous sera épargnée. Racontée par une narratrice omnisciente, qui n’hésite pas à s’amuser avec la temporalité de son histoire, le cynisme assumée de Requiem for Selina amuse et déstabilise, dans la lignée de Sick of Myself de Kristoffer Borgli ou les films de Ruben Östlund. À la différence qu’une vraie tendresse est apportée à sa protagoniste. Une création de la showrunneuse Emmeline Berglund dont on apprécie aussi l’esthétique hyperpop, hommage aux ados des 2000’s avec dans les oreilles une BO à base de Britney Spears, Avril Lavigne et autre Leona Lewis. On ne peut que dire oui ! AA
Panorama international - Prix des étudiants.
Créée par Emeline Berglund. Six épisodes.
Le Sens des choses
Léa, 28 ans, a décidé de devenir rabbin contre l’avis de son père désabusé et de son frère relativement indifférent. La jeune femme espère ainsi aider ses prochains à résoudre leurs questionnements existentiels. En réalité, la voilà qui doit convaincre un père goy d’accepter la circoncision de son fils et répondre toujours à la même interrogation – dit-on une rabbin ou une rabbine ? Adaptée d’un livre de Delphine Horvilleur, cette délicieuse comédie porte la marque de ses créateurs, Noé Debré et Benjamin Charbit, dont l’écriture fait mouche une fois de plus. Outre des seconds rôles fabuleux (notamment Éric Elmosnino en père psychanalyste bougon) et une interprète principale très touchante (Elsa Guedj, justement récompensée à Séries Mania), Le Sens des choses s’appuie sur des dialogues aussi poétiques que drôles. MB
Créée par Noé Debré et Benjamin Charbit. Huit épisodes. Disponible sur Max.
Los Años Nuevos
Démarquez-vous
Ana, jeune femme insouciante qui croque la vie comme elle vient, et Oscàr, interne en médecine à la vie plus posée, se rencontrent le soir du nouvel an. Une date charnière car cette soirée correspond aussi à leur trentième anniversaire respectif. Le coup de foudre est immédiat et Los Años Nuevos s’attelle à raconter les dix années que durera leur histoire, avec comme seule unité temporelle ce passage à la nouvelle année. Un dispositif original pour capturer dix instantanés de la vie du couple, chaque épisode proposant une nouvelle fenêtre de célébration (soirée entre amis, huis clos familial, déambulation citadine) pour mieux éviter les effets de répétition. À la manœuvre de ce drame romantique contemporain, cocréé par les scénaristes Paula Fabra et Sara Cano, on retrouve le cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen, qui y réalise cinq épisodes. Un retour à la télévision pour le réalisateur d’As Bestas, où il avait fait ses armes, qui propose ici une passionnante anatomie de l’amour dans les années 2020 (avec notamment un épisode en plein covid), à mi-chemin entre le cinéma de Richard Linklater et le réalisme émotionnel de Normal People. AA
Créée par Rodrigo Sorogoyen, Paula Fabra et Sara Cano. Dix épisodes. Bientôt sur Arte.
ALICIA ARPAIA ET MARGAUX BARALON