TÓTEM - Lila Avilés

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Entre vie et mort

Pour son second long-métrage, Tótem, la cinéaste mexicaine s’immisce au plus près de l’intimité d’une famille à travers le regard d’une petite fille, à la frontière entre la vie et la mort, avec une grande maîtrise.

À quelques jours à peine du jour des Morts (el Día de los Muertos), fête fondamentale au Mexique célébrant le retour des défunts sur terre et plus joyeuse et colorée que notre sombre fête de la Toussaint en France, Tótem, le second long-métrage de la cinéaste mexicaine Lila Avilés (La Camarista, 2019) fait étrangement communiquer la mort et la vie à travers le regard d’une petite fille, Sol. Celle-ci se fait déposer par sa mère dans la maison familiale et embarque la caméra avec elle à travers des pièces et couloirs. Dans ce lieu unique dans lequel la petite fille de sept ans se retrouve enfermée, se dessinent progressivement des enjeux et des personnages. D’abord l’action : la préparation de l’anniversaire de son père que Sol cherche à voir tandis qu’on lui en refuse l’accès. Puis la famille entrant et sortant de ce cadre au format carré : des tantes un peu fantasques, des cousins-cousines, un grand-père privé de cordes vocales et toutes sortes d’animaux remplissent l’espace filmé. Par cette caméra emportée, proche d’un documentaire de l’intime, la réalisatrice nous place dans la position de l’enfant entre naïveté et maturité sur les événements qui se déroulent, jouant du hors-champ. Déjà, visible et invisible se confondent, jusque dans cette scène quasi comique où une des tantes fait venir une sorte de voyante pour chasser les mauvais esprits et la mort. Car c’est bien celle-ci qui apparaît comme le sujet caché du film. Ce jeune père dont on apprend qu’il est peintre se meurt dans la chambre à côté sur ce lit mortuaire où la grand-mère est elle-même décédée quelques années auparavant, et l’aide-soignante empêche que son visage ne soit montré. Pourtant, il est la figure centrale des conversations et de la soirée organisée en son honneur par ces femmes piliers de cette famille et garantes de la vie et du rythme de Tótem. Lila Avilés, collant sa mise en scène à sa jeune protagoniste, les regarde toutes et tous avec beaucoup de tendresse et s’annonce indéniablement comme une cinéaste à suivre de très près.

DIANE LESTAGE

Tótem

Écrit et réalisé par Lila Avilés

Avec Naíma Sentíes, Montserrat Marañon, Marisol Gasé

Mexique, 2024

Sol, une fillette de sept ans, est emportée dans un tourbillon de préparatifs menés tambour battant par ses tantes, pour l’anniversaire de son père Tona. Au fil d’une journée dont le point d’orgue est un événement aussi redouté qu’attendu, Sol comprend peu à peu la gravité de cette célébration.

En salles le 30 octobre 2024

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