LE SUCCESSEUR - Xavier Legrand

Copyright Haut et Court

Au nom du père

Six ans après le très remarqué Jusqu’à la garde, Xavier Legrand continue d’explorer les violences patriarcales avec un goût prononcé pour le cinéma d’horreur, malgré une écriture laborieuse.

Difficile pour Xavier Legrand de faire son retour après Jusqu’à la garde. En 2018, le réalisateur français avait fait une entrée fracassante avec un premier long-métrage glaçant, qui mobilisait avec brio les ressorts du cinéma d’horreur pour raconter les violences conjugales. Six ans plus tard, il revient avec Le Successeur, fruit d’une longue gestation et de nombreuses remises en doute, qui continue de creuser le sillon des violences patriarcales abordées par le prise de l’horreur.

Il y a, certes, des défauts qui ponctuent le déroulé du Successeur, qui paraissent inévitables face à ce syndrome du deuxième film. On y suit Ellias, directeur artistique d’une prestigieuse maison de haute couture, qui a coupé toute relation avec son père et s’interroge sur l’hérédité de ses étranges palpitations cardiaques. Lorsque son père décède brutalement, Ellias doit se rendre au Québec pour régler la succession : il y découvre le cercle social de son père, mais surtout un secret, innommable, dont il hérite des conséquences directes. Adapté librement du roman L’Ascendant d’Alexandre Postel, Le Successeur s’égare dans une première partie laborieuse qui pose des enjeux difficiles à saisir (l’univers de la mode, les palpitations cardiaques) puisqu’ils sont rapidement abandonnés, au profit d’une deuxième partie qui plonge à bras-le-corps dans l’horreur et l’absurde.

Copyright Haut et Court

Avec cette bascule, Xavier Legrand dévoile la plénitude de son sujet sur la transmission de la violence. Ellias se pose en héritier, peut-être, de la maladie cardiaque de son père, mais surtout du secret ultra-violent enfoui dans le sous-sol de la maison, qu’il découvre à la manière dont on déterre les traumatismes psychiques. On peut reprocher au réalisateur de surligner lourdement sa thématique de la transmission, ou l’approche fataliste de son sujet. Mais il a aussi le mérite de proposer un récit qui isole son personnage de tout contexte : on ne saura jamais ce qui avait provoqué la rupture initiale de contact avec le père, tout aussi violente semble-t-elle, ni les colères enfouies que cette découverte fait remonter, au-delà de la sidération. Comme une unité d’action, qui présente un temps suspendu, celui où l’on pleure les morts.

Surtout, Le Successeur touche juste sur un point très précis : lorsqu’il parle du deuil comme un sentiment absurde, face à la violence que représente le défunt. Lors de la scène des funérailles, Ellias est le seul détenteur du secret, qui symbolise à lui seul toute l’horreur avec laquelle il se représente son père, tandis que des inconnus rendent hommage au disparu. Cette absurdité, Xavier Legrand la filme avec une précision horrifique qui frise le décalage comique. Le deuil est-il compatible avec la colère ? La mort emporte-t-elle avec elle le souvenir de la violence ? Le Successeur ouvre cette porte, avant de la refermer.

MARIANA AGIER

Le Successeur

Ecrit et réalisé par Xavier Legrand

Avec Marc-André Grondin, Yves Jacques, Anne-Elisabeth Bossé

France, Canada, Belgique

Heureux et accompli, Ellias devient le nouveau directeur artistique d’une célèbre maison de Haute Couture française. Quand il apprend que son père, qu’il ne voit plus depuis de nombreuses années, vient de mourir d’une crise cardiaque, Ellias se rend au Québec pour régler la succession. Le jeune créateur va découvrir qu’il a hérité de bien pire que du coeur fragile de son père.

En salles le 21 février 2024.

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