GIFF 2024 : PLANÈTE B - Aude Léa Rapin
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Prisoners 3.0
Imaginant que la France, en 2039, est définitivement tombée dans l’autoritarisme, la réalisatrice Aude Léa Rapin propose un film d’anticipation intelligent et honnête, qui n’a cependant pas toute la force évocatrice des classiques du genre.
À l’automne 2022, les manifestations de militants écologistes contre les méga-bassines de Sainte-Soline ont fait (ré)apparaître un mot dans le débat public, brandi par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin : « écoterrorisme ». Deux ans plus tard, la réalisatrice Aude Léa Rapin s’en saisit au cinéma et imagine que la mise en pratique a succédé à la simple rhétorique. Dans son deuxième long-métrage, Planète B, présenté au festival du film international de Genève (GIFF), la France réprime sévèrement ce qui est devenu un crime. Nous sommes en 2039 et, malgré les lourdes peines, des activistes continuent de saboter des usines Total. Lorsque Julia Bombarth (Adèle Exarchopoulos) est arrêtée, elle est enfermée dans une villa avec piscine. En réalité, une prison dans laquelle elle ne se trouve pas physiquement mais via un avatar virtuel. Parallèlement, Nour (Souheila Yacoub), une immigrante prête à tout pour rejoindre le Canada, cherche désespérément le moyen de prolonger son permis de séjour. Employée de ménage dans une base militaire, elle récupère un étrange casque qui lui permet… de rejoindre, également sous la forme d’un avatar, la villa dans laquelle se trouve Julia.
De ce pitch dense, Aude Léa Rapin tire une réflexion très intéressante sur l’avenir de la répression judiciaro-policière. À quoi ressembleront les prisons pour terroristes demain, lorsque la technologie aura supplanté les méthodes décriées de Guantanamo ? Alors que les avatars de Julia et ses codétenu·es sont soumis à des cauchemars récurrents pour les faire craquer psychologiquement, Planète B interroge l’amoralité d’une torture qui deviendrait virtuelle mais pas nécessairement moins violente. Tout à son amour de la science-fiction, la réalisatrice contourne habilement les obstacles, notamment celui du budget qui l’empêche de recréer un monde entier, pour se concentrer sur ses personnages. Chacun incarne à sa manière toutes les crises (politique, migratoire, climatique) qui, déjà brûlantes aujourd’hui, façonneront l’avenir.
Planète B a le grand mérite de tenir une ligne de crête entre la simplicité et l’ambition. Aude Léa Rapin évite la boursouflure, sans pour autant se reposer entièrement sur ses concepts. D’une scène d’intervention du GIGN dans le brouillard des lacrymos au décor irréel de la villa-prison, la cinéaste cherche constamment à affirmer l’identité visuelle de son film et navigue entre les ambiances avec aisance, bien aidée par sa bande-originale – composée par le réalisateur Bertrand Bonello. On pourra regretter des dialogues plus faibles que les enjeux dont ils font état, une fin un peu expédiée et une intrigue si complexe qu’elle phagocyte l’émotion pure. Tout cela empêche Planète B de nous emporter totalement. Mais il y a là une envie et une spontanéité maîtrisée qu’on ne peut que saluer.
MARGAUX BARALON
Planète B
Réalisé par Aude Léa Rapin
Avec Adèle Exarchopoulos, Souheila Yacoub, India Hair, Eliane Umuhire
France, Belgique, 2024
France, 2039. Une nuit, des activistes traqués par l'Etat, disparaissent sans laisser aucune trace. Julia Bombarth se trouve parmi eux. A son réveil, elle se découvre enfermée dans un monde totalement inconnu : PLANÈTE B.
En salles le 25 décembre 2024