PRODIGIEUSES – Frédéric et Valentin Potier

Copyright Julien Panié - Jerico Films

Tout envoyer valser

Écrire à quatre mains un scénario sur deux pianistes, voilà qui est fort à propos. Dans leur premier long-métrage, Frédéric et Valentin Potier (père et fils) racontent le parcours de jumelles musiciennes frappées par une maladie qui les empêche de jouer. Ce récit de reconstruction, inspiré d’une histoire vraie, est certes prévisible mais réussit à éviter les clichés pour se muer en une ode sensible à la sororité.

Jeanne est timide. Camille est aventureuse. Poussées par un père ambitieux (incarné par un Franck Dubosc version Will Smith dans La Méthode Williams), les deux jumelles font leur entrée en tant que pianistes dans une école de musique prestigieuse. Sauf qu’une seule sera choisie pour être la soliste du concert de fin d’année et qu’une maladie, s’attaquant spécifiquement à leurs mains, les guette… Cette histoire de destin artistique brisé, qui n’est pas sans rappeler l’excellent En corps de Cédric Klapisch, brille par la finesse de traitement de son sujet.

Dans Prodigieuses, les scènes mélos typiques du genre (entraînements tortionnaires, sermons moralisateurs servis par un professeur tyrannique) sont mises de côté pour laisser place à l’analyse des dynamiques intrafamiliales qui enserrent les deux prodiges. Entraînées depuis leur plus tendre enfance à être « les meilleures sinon rien », bercées par la musique « J’me voyais déjà » de Charles Aznavour, les jumelles vivent avec un but qui n’est en réalité pas le leur mais celui de leurs parents (un ancien champion régional d’apnée et une ancienne employée d’une maison de haute couture). Ces derniers sont capables de tout pour cumuler les médailles d’or, quitte à mettre une des sœurs de côté, car, comme dit leur père : « L’une ou l’autre, c’est pareil. C’est l’avantage d’avoir des jumelles. »

Contrairement à ce qu’on attendrait d’un tel scénario qui voudrait que les jeunes filles s’opposent pour briller, les deux décident de s’allier contre cette famille qui s’accapare leurs victoires et dénigre leurs échecs. Avec de très belles scènes de complicité entre les jumelles (dont une, salvatrice, où elles jettent leurs prix durement gagnés par la fenêtre de leur chambre), Prodigieuses représente la sororité comme une véritable force, qui leur permet de s’affirmer, de se soutenir dans la maladie et surtout, de se rendre compte que dans un rêve aussi démesuré, il y a bien assez de place pour deux.

Enora Abry

Prodigieuses

Écrit et réalisé par Frédéric et Valentin Potier

Avec Camille Razat, Mélanie Robert, Franck Dubosc

Claire et Jeanne, jumelles pianistes virtuoses, sont admises dans une prestigieuse université de musique dirigée par l’intraitable professeur Klaus Lenhardt. Elles portent ainsi l’ambition de leur père qui a tout sacrifié pour faire d'elles les meilleures. Mais, une maladie orpheline, fragilise peu à peu leurs mains, et compromet brusquement leur ascension. Refusant de renoncer à leur rêve, elles vont devoir se battre et se réinventer pour devenir, plus que jamais, prodigieuses.

En salles le 20 novembre 2024.

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