TIME CUT - Hannah MacPherson

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Future Nostalgia

Pour Halloween, Netflix continue de creuser son catalogue thématique et de nous abreuver d’une nostalgie pas si lointaine – ici les années 2000 – avec un navrant slasher spatio-temporel adolescent à bout de course et surtout à court d’idées neuves. 

Après s’être introduite dans la chambre de sa sœur aînée assassinée avant sa naissance, la jeune Lucy fouille, enclenche le lecteur CD qui se met à diffuser un mix fait maison où joue A Thousand Miles de Vanessa Carlton – tube du début des années 2000 – et passe devant un poster de LA série emblématique de l’époque : Buffy contre les vampires. Cette scène somme toute banale encapsule l’ADN du projet qu’est Time Cut de la réalisatrice Hannah MacPherson, habituée de l’écurie Tudum au rayon séries (Trinkets) et dont c’est ici le premier long-métrage. Étouffé par la reconstitution idéalisée du début des années 2000, le film, plus préoccupé par les jeans taille basse, les téléphones à clapet et les singles d'Hilary Duff, semble avoir laissé les enjeux dramatiques et l'écriture des dialogues à une IA. Paresseuse, cette proposition ne repose en effet que sur une affaire de style dont le fond et la forme sont par ailleurs exclus. À force de recycler les époques et de les passer au rouleau compresseur de la quête du cool, il n’en reste rien, sauf si on considère que l’apport majeur de la décennie peut être représenté par un ensemble jogging velours Juicy Couture. 

Retour vers le passé 


Pour contrer la mélancolie adolescente de Lucy, marquée par le décès de Summer, la tristesse de ses parents et ses propres aspirations concernant son avenir, le film lui offre, par le biais d’un voyage spatio-temporel, de rencontrer pour la première fois cette sœur qu’elle n’a jamais connue. Ainsi, l’ado de 2024 est envoyé en 2003 pour sauver Summer du meurtrier en série qui sévissait vingt ans plus tôt. Vaste et louable programme qu’initie Time Cut, sorte de teen movie sur les liens filiaux à travers le temps et la recherche de soi. Malgré un début intrigant, le récit se prend les pieds dans le tapis, la faute à une construction de scénario d’une banalité confondante où les poncifs du slasher se heurtent à un gloubi-boulga de science-fiction peu inventif, le tout saupoudré d’une quête d’émancipation plutôt conservatrice. Tout est cousu de fil blanc dans Time Cut et démasquer le tueur n’aura que peu d’importance tant le récit accumule les sujets et les péripéties sans saveur. Ainsi, les enjeux socio-historiques de la relation lesbienne de Summer sont totalement évacués et lissés dans ce 2003 hors sol qui ne sait pas comment évoquer des questions d’inclusivité. De même que l’exploration de cette relation entre sœurs qui ne dépasse pas les séquences stéréotypées larmoyantes. Pire, Lucy, non contente d’avoir retrouvé cette grande sœur populaire, privilégiée et capricieuse, ainsi que des parents pré-tragédie familiale, finit par adopter ce temps d’avant où tout était mieux et beaucoup plus simple. Plutôt que d'affronter sa vie future de jeune adulte en 2024, elle choisit une vie aseptisée, dénuée de la moindre altérité. Ce n’est pas tant une famille trouvée et une émancipation salvatrice que nous impose le film, mais bien une bulle inerte dégoulinant d’une nostalgie presque réactionnaire et hygiéniste où le paradis serait d’être coincé dans un épisode sans fin de Dawson, à se balancer dans son jardin face à la rivière, loin des enjeux du monde extérieur.

LISA DURAND

Time Cut

Réalisé par Hannah Macpherson

Écrit par Hannah Macpherson et Michael Kennedy

Avec Madison Bailey, Antonia Gentry, Michael Shanks

États-Unis, 2024

Sans le vouloir, une ado de 2024 remonte le temps jusqu'en 2003, quelques jours avant le meurtre de sa sœur par un tueur masqué. Peut-elle changer le passé sans détruire l'avenir ?

Disponible sur Netflix

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